Le Mystère de l’Amour
par Eveil-fr.com le 18, avril , 2008 à 4 h 00 min
Sur le même sujet
Intérieurement, l’image du Bien-Aimé doit devenir visible à notre oeil du dedans, elle doit demeurer en nous comme en sa maison, remplir notre coeur de la douceur de sa présence, présider, du sommet de notre être, à toutes les activités de notre mental et de notre vie comme un ami, un maître, un amant, et nous unir d’en haut avec lui-même dans l’univers. Une communion intérieure constante, telle est la joie qui doit devenir proche, permanente, inaltérable. Cette communion ne doit pas se confiner dans une intimité et une adoration exceptionnelles lorsque nous nous retirons profondément en nous-mêmes, loin de nos préoccupations normales, et il ne faut pas non plus la rechercher en laissant de côté nos activités humaines. Toutes nos pensées, toutes nos impulsions, nos sentiments, nos actions doivent lui être référés afin qu’il donne sa sanction ou son refus, ou, si nous ne sommes pas encore capables de cet état, ils doivent lui être offerts en sacrifice d’aspiration afin qu’il puisse descendre de plus en plus en nous et être présent en chacun d’eux, emplir chacun de sa volonté et de son pouvoir, de sa lumière, de sa connaissance, de son amour, de sa félicité.
Finalement, toutes nos pensées, tous nos sentiments, toutes nos impulsions, nos actions, se mettront à jaillir de lui et se changeront en une semence divine et en une forme divine; dans notre vie intérieure tout entière, nous prendrons conscience que nous sommes une partie de son être, jusqu’au jour où il n’y aura plus de division entre l’existence du Divin que nous adorons et notre propre vie. De même, en tous les événements, nous finirons par voir les voies de l’Amant divin en nous et y trouverons un plaisir tel que même le chagrin, la souffrance et la douleur physique deviendront des dons qu’il nous fait et se changeront en félicité, puis disparaîtront enfin dans la félicité, annulés par la perception du contact divin; car le toucher de ses mains est l’alchimie d’une transformation miraculeuse. Certains rejettent la vie sous prétexte qu’elle est entachée de chagrin et de douleur, mais pour l’amant de Dieu, le chagrin et la douleur deviennent des moyens de le rencontrer, des empreintes de sa pression, et finalement ils cessent d’exister dès que notre union avec sa nature devient si complète que ces masques ne peuvent plus dissimuler la félicité universelle. Ils se changent en Ananda.
Sur ce chemin, toutes les relations qui entraînent l’union deviennent intensément et délicieusement personnelles. En fin de compte, c’est la relation de l’amant et du bien-aimé qui les absorbe toutes, les contient et les unifie toutes, parce qu’elle est la plus intense et la plus béatifique de toutes et qu’elle entraîne tout le reste sur ses hauteurs, tout en les dépassant encore. Il est l’instructeur et le guide et nous conduit à la connaissance; à chaque pas du développement de la lumière et de la vision intérieures, nous sentons son toucher comme d’un artiste qui modèle l’argile de notre mental, sa voix qui révèle la vérité et la parole, la pensée qu’il nous donne et à laquelle nous répondons, le flamboiement de son glaive de foudre qui chasse l’obscurité de notre ignorance. Mais surtout, à mesure que les lumières partielles du mental se transforment en la lumière de la gnose, à quelque degré que ce soit, grand ou infime, nous sentons notre mentalité se transformer en la sienne et, de plus en plus, il devient le penseur et le voyant en nous. Nous cessons de penser et de voir par nous-mêmes; nous pensons seulement ce qu’il veut penser pour nous et voyons seulement ce qu’il voit pour nous. Alors, l’instructeur s’accomplit en l’amant; il pose sa main sur notre être mental tout entier, l’embrasse et le possède, et en jouit et s’en sert.
Il est le Maître – mais quand nous nous approchons de lui de cette manière, toute distance et toute séparation, tout effroi, toute crainte, toute obéissance pure et simple disparaissent, parce que nous sommes devenus trop proches de lui et trop unis à lui pour que ces choses puissent subsister : c’est l’amant de notre être qui se saisit de nous et nous occupe, nous utilise et fait de nous tout ce qu’il veut. L’obéissance est le signe du serviteur (dâsya), mais c’est le stade inférieur de cette relation. Après, nous n’obéissons plus: nous bougeons par sa volonté, telle la corde qui répond au doigt du musicien. Être l’instrument est le stade supérieur du don de soi et de la soumission.
Mais c’est un instrument qui vit et qui aime, et finalement la nature entière de notre être devient l’esclave de Dieu, se réjouit de sa possession et de sa soumission bienheureuse à l’étreinte et à la maîtrise divines. Avec une félicité passionnée, l’instrument fait sans question tout ce que le Seigneur veut qu’il fasse et endure tout ce que le Seigneur lui fait endurer, parce que, ce qu’il endure, c’est le fardeau de l’être bien-aimé.
Il est l’ami, le conseiller, l’aide, le sauveur dans les difficultés et les détresses, le défenseur contre les ennemis, le héros qui livre nos batailles pour nous ou sous le bouclier duquel nous nous battons, le conducteur, le pilote de notre chemin. Et ici, nous arrivons tout de suite à une intimité plus grande; il est le camarade, le compagnon de jeu éternel dans le jeu de la vie. Cependant, il existe encore une certaine division, si plaisante soit-elle, et l’amitié est encore trop limitée par une apparence de bienveillance. L’amant peut blesser, abandonner, être dur avec nous, sembler nous trahir; pourtant, notre amour persiste et même croît par ces oppositions: elles augmentent la joie de la réunion et la joie de la possession; à travers elles, l’amant reste l’ami, et finalement nous nous apercevons que tout ce qu’il fait a été fait par l’amant et secoureur de notre être pour la perfection de notre âme autant que pour Sa joie en nous. Ces contradictions conduisent à une intimité plus grande.
Il est aussi le père et la mère de notre être, sa source, son protecteur, celui qui nous chérit avec indulgence, le donneur de nos désirs. Il est l’enfant né de notre désir, celui que nous chérissons et élevons. L’amant est toutes ces choses; l’intimité et l’unité de son amour contiennent la sollicitude paternelle et maternelle et se prêtent aux demandes que nous lui faisons. Tout est unifié dans cette relation plus profonde, et ses visages sont innombrables.
Il est possible, même dès le début, d’avoir cette très proche relation de l’amant et du bien-aimé, mais, pour le yogi intégral, elle ne sera pas aussi exclusive qu’elle l’est dans certaines voies purement extatiques de la bhakti. Dès le commencement, elle prendra plus ou moins la teinte des autres relations, car le chercheur recherche aussi la connaissance et les oeuvres, et il a besoin du Divin en tant qu’instructeur, ami et maître. Quand il grandit en nous, l’amour de Dieu doit apporter un élargissement de la connaissance de Dieu et des opérations de la Volonté divine dans notre nature et dans notre vie.
L’Amant divin se révèle; il prend possession de la vie. Cependant, la relation essentielle restera toujours la relation d’amour d’où tout le reste découle – un amour passionné, complet, qui cherche cent manières de s’accomplir et tous les moyens de possession mutuelle, un million de facettes de la joie de l’union. Cet amour se moque de toutes les distinctions du mental, de toutes ses barrières et ses “cela ne peut pas être”, et de toutes les froides analyses de la raison, ou il ne les utilise que comme des épreuves de l’amour, des terrains ou des portes d’entrée de l’union. L’amour vient à nous de bien des manières; il peut venir par un éveil à la beauté de l’Amant, à la vue d’un visage ou d’une image idéale de lui, par les mystérieux signes de sa présence derrière les milliers de faces des choses dans le monde, par un lent ou soudain besoin du coeur, par quelque vague soif de l’âme, par le sentiment d’un “quelqu’un” qui est proche de nous et nous attire ou nous poursuit avec amour, ou d’une personne béatifique et belle que nous devons découvrir.
Nous pouvons le chercher passionnément et partir à la poursuite du bien-aimé invisible; mais il se peut aussi que l’amant auquel nous ne pensions pas nous poursuive, qu’il tombe sur nous au milieu du monde et s’empare de nous pour lui-même, que nous le voulions ou non tout d’abord. Il peut même, au début, venir à nous comme un ennemi, avec la colère de l’amour, et nos premiers rapports avec lui peuvent être des rapports de bataille et de conflit.
Quand c’est l’amour et l’attirance qui viennent d’abord, les relations du Divin et de l’âme peuvent être encore longtemps brouillées par des incompréhensions et des offenses, par de la jalousie, de la colère, des luttes et des querelles d’amour, par les espoirs et les désespoirs, par la douleur de l’absence et de la séparation. Nous jetons sur lui toutes les passions du coeur, jusqu’à ce qu’elles soient purifiées et se changent en la seule extase de la béatitude et de l’unité.
Mais cela aussi est monotone; il est impossible au langage humain de dire l’extrême unité et l’éternelle variété de l’ânanda de l’amour divin. Toutes les parties de notre être, supérieures autant qu’inférieures, sont inondées par lui: le mental et la vie autant que notre âme; même le corps physique a sa part de la joie, sent le contact, est empli dans tous ses membres et toutes ses veines, tous ses nerfs, par la coulée du vin de l’extase, amrita. L’Amour et l’Ananda sont le dernier mot de l’être, le secret des secrets, le mystère des mystères.
Ainsi, quand la voie de l’amour et de la félicité s’est universalisée, personnalisée, soulevée à ses plus hautes intensités, quand elle occupe tout, embrasse tout, accomplit tout, elle apporte la libération suprême. Sa cime la plus haute est une union supra-cosmique. Mais pour l’amour, l’union complète est la moukti en soi; pour lui, la libération n’a pas d’autre sens; et elle inclut toutes les variétés de moukti en même temps, qui, finalement, ne se succèdent pas simplement l’une à l’autre, et donc ne s’excluent pas l’une l’autre comme d’aucuns le prétendent.
Nous avons l’union absolue du divin et de l’esprit humain, sâyoudjya; en elle se révèle le contenu de tout ce qui dépend ici-bas de la différence (mais là, la différence n’est qu’une forme de l’unité), et aussi l’ânanda de la proximité, du contact et de la présence mutuelle – sâmîpya, sâ1ôkya -, l’ânanda de se refléter l’un l’autre (ce que nous appelons la ressemblance, sâdrishya), et d’autres choses merveilleuses pour lesquelles le langage n’a pas encore de mots. Rien n’est en dehors de la portée de l’amant de Dieu et rien ne lui est refusé, car il est le favori de l’Amant divin et le moi du Bien-Aimé. Sri Aurobindo
(traduction de Mère)
« La Synthèse des Yoga » – Traduction de La Mère
publié en 1973 par Sri Aurobindo Ashram – Pondichéry – Inde
diffusé par SABDA
Pages: 1 2
Pas de commentaire
Pas encore de commentaire.
Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URL

Chargement
Vous pouvez voir plus d'article de