Râmakrishna
par Varuna le 18, octobre , 2007 à 1 h 00 min


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Râmakrishna (1881, Calcutta)

Râmakrishna Paramahamsa de son vrai nom Gadâdhar Chattopâdhyâya (Kamarpukur, près de Calcutta, 18 février 1836 – Calcutta, 16 août 1886) est un mystique bengalî hindouiste majeur de la période contemporaine. Dévot de Kâlî et enseignant de l’Advaita Vedanta, il professait que « toutes les religions recherchent le même but » et plaçait la spiritualité au-dessus de tout ritualisme.

Râmakrishna

Biographie

Dans sa jeunesse, tout naturellement, Râmakrishna (1836-1886) adhéra à la religion que sa famille pratiquait. À 9 ans, deux ans après la mort de son père, il obtint le cordon sacré des brahmanes (ou brahmines) lors de l’initiation « upanayana ». Dès ce moment, il accomplit en son foyer les cultes de Râma avec grande sincérité.

À 19 ans, lorsqu’il devint prêtre de Kâlî du temple de Dakshineswar, il chercha à recevoir l’initiation appropriée afin de L’adorer, et il En obtint une vision quasi permanente. Cette foi fut sans doute pour lui la plus importante, il voyait en Kâlî la Mère de l’univers et la Mère de toutes les fois.

Il revient à son village d’origine et épouse Sara Devi, âgée de 5 ans seulement, union toute spirituelle, l’enfant retourne chez ses parents et ne viendra à ses côtés qu’à l’âge de 18 ans. Il réalise la Mère divine et reçoit la connaissance directe de l’énergie cosmique ou « Shakti », le secret de la création tout entière.

Avec l’arrivée de la nonne Bhayravi Brahmani, il s’adonna aux pratiques tantriques, entièrement. Il adora ensuite Dieu selon la Ragatmika bhakti et les Panchabhavas, approches vishnouites prônant cinq relations d’amour envers Dieu.

Quand Râmakrishna rencontra Tota Pouri, ce moine errant qui connaissait Brahman, il fit table rase de toutes les conceptions de Dieu qu’il avait épousées jusqu’alors, conceptions de Dieu avec noms et formes, pour se plonger dans la méditation sur l’Absolu Qui n’a ni nom ni forme, selon l’antique enseignement des Vedas développé par les Upanishads ; méditation qui selon ses propres dires était un réel défi.

Râmakrishna

Il fut, quelque temps, envahi par la foi islamique, il pratiqua assidûment la Namaz, et il déclara qu’aussi par cette foi, il atteignit le Suprême.

Un peu malgré lui, il eut une vision de Jésus. En effet, c’est en regardant une représentation de Marie et de Jésus qu’il eut une révélation concernant le Christ. Il ne pratiqua pas, à proprement parler, de disciplines religieuses liées au Christ, mais son esprit, demeurant toujours en un haut plan de conscience, s’enflammait à toute suggestion de Dieu, et cette image du Christ lui En fit avoir la vision.
« Vous réaliserez le Seigneur par toute pratique spirituelle accomplie le cœur sincère. »
« Toutes les fois sont véridiques, autant de fois, autant de chemins. »
« Les religions ne sont pas Dieu, mais juste les chemins. »

La rencontre avec Vivekananda

En 1880, il reçoit une première visite d’un jeune homme de 17, 18 ans, cultivé et intelligent, celui qui deviendra Swami Vivekananda. Ce dernier lui demande directement et franchement: « Monsieur avez-vous vu Dieu ? » à quoi Ramakrishna lui répond : »oui mon fils, je L’ai vu ». Vivekananda n’est pas convaincu immédiatement, plusieurs visites se succèdent, finalement il se décide à s’engager dans la voie du renoncement (sannayasin).

Quelques temps avant de mourir, Ramakrishna rencontre longuement Vivekananda, et tous deux entrent en extase. Il lui dit « je t’ai tout donné […] par ce pouvoir tu feras un bien immense au monde ».

Ramakrishna voyait Dieu en chaque homme et a dit « le déséquilibre et la souffrance du monde viennent de ce que l’être humain ne cherche pas à vivre en Dieu ». Pour vivre en Dieu, il a donné cette image remarquable: « Il nous attire constamment comme un aimant attire le fer. Mais le fer n’est pas attiré s’il est couvert de saleté. Quand on a ôté la saleté, le fer se plaque aussitôt contre l’aimant. »

Il est allé encore plus loin que ses prédécesseurs orientaux dans la synthèse des religions, en incluant le christianisme. Il a encouragé la création d’un ordre monastique, lequel ne s’est réalisé véritablement que le 25 décembre 1887, sous la direction de Vivekananda à Belür prés de Calcutta.

Ramakrishna n’a rien écrit lui-même, mais ses disciples ont rassemblé ses enseignements dans un ouvrage intitulé « Gospel of Ramakrishna ». On trouve en particulier ces deux passages:

« J’ai pratiqué toutes les religions, du christianisme à l’islam et j’ai suivi chacune des voies propres aux diverses sectes de l’hindouisme. Et il m’est apparu que par des voies différentes toutes cheminent à la rencontre du même Dieu. […] Personne ne réalise que celui qu’on appelle Krishna est aussi appelé Shiva ou bien l’Energie divine (Shakti), Jésus ou Allah, ou encore Rama avec ses mille noms. »

« Dieu est installé sur le toit de la maison. Il s’agit de le rejoindre. Pour cela, les uns prennent une échelle, d’autres une corde ou une perche en bambou, d’autre encore empruntent l’escalier ou escaladent les murs. Que vous choisissiez telle ou telle voie est chose indifférente, à condition de ne pas les essayer en même temps mais successivement. Si vous arrivez sur le toit, vous avez trouvé Dieu et vous comprenez alors qu’il y avait plusieurs voies possibles pour le rejoindre. En aucun cas vous ne devrez penser que les autres chemins ne mènent pas à Dieu. Ce sont simplement d’autres moyens permettant de se hisser sur le toit. Permettez à chacun de suivre sa propre voie […] Chacun s’imagine que seule sa propre montre indique l’heure exacte. En réalité, il suffit d’aimer Dieu avec ardeur et de se sentir attiré vers Lui… »

À propos de Dieu il a dit: « Ceux qui croient que Dieu est sans forme l’atteindront aussi bien que ceux qui croient qu’il est avec forme. Les deux seules choses nécessaires sont la foi et l’abandon de soi. ».

Concernant ses propres enseignements, il a dit: « N’acceptez rien parce que je vous l’ai dit. Éprouvez tout par vous-même. »

Vivekananda a rendu hommage à son maître en ces termes: « Si je vous ai dit un mot de vérité il vient de lui et de lui seul. Et si je vous ai dit beaucoup de choses qui ne sont pas vraies, qui ne sont pas exactes, qui ne sont pas bienfaisantes pour l’humanité, c’est de moi seul qu’elles viennent et j’en suis seul responsable. »

Citations

« Ne discutez pas les doctrines et les religions, elles sont une. Toutes les rivières vont à l’océan. La grande eau se fraie mille chemins le long des pentes. Selon les races, les âges et les âmes, elle court en des lits différents, mais c’est toujours la même eau. »

« L’Être est Un, mais ses noms différents. Par exemple, le même et unique élément qu’est l’eau, est appelé de différents noms par des peuples différents et à des époques différentes. En bengalî, cet élément se nomme jal, en hindi pâni, en anglais water. C’est seulement parce que les peuples ignorent les autres langues qu’ils ne peuvent pas se comprendre. Autrement il ne pourrait y avoir aucun malentendu. Si les gens allaient se disputer pour prouver que ce même élément n’est pas jal, mais pâni ou water, ou inversement, ce serait le comble du ridicule. C’est pourtant ce qu’on fait lorsqu’on argumente ou qu’on se bat au nom de la religion ! »

« Si vous me demandez sur quelle forme du Seigneur vous devez méditer, je vous dirai de prendre celle que vous voudrez – mais sachez toujours que toutes ces formes ne font qu’Un. N’ayez jamais d’intolérance envers l’une quelconque des formes divines. Shiva, Kâli, Hari, ce ne sont là que des manifestations différentes de l’Unique. Et bienheureux en vérité celui qui sait que toutes sont la même! En apparence, il est shivaïte, mais au fond de son cœur est Kâlî, et il va murmurant: Hari bol, Hari bol (parle Hari). »

« Dieu est un, avec formes et sans forme, comme la glace et l’eau. »

« C’est par amour pour ceux qui L’aiment que le Seigneur Se manifeste de diverses manières et sous des formes variées. »

« Penser à Dieu comme étant sans forme est parfaitement juste. Mais faites attention de ne pas croire que cette manière de voir est la seule vraie et que tout le reste est faux. La méditation sur Dieu conçu comme un Être avec forme est juste également. Tenez-vous en à votre propre croyance jusqu’à ce que vous ayez ‘réalisé’ Dieu, et alors tout s’éclaircira. »

« Le feu n’a pas en soi de contours précis, mais en tant que tisons ardents, il revêt des formes diverses. Ainsi le feu sans forme peut être vu comme ayant une forme. De même, le Dieu sans forme revêt parfois des formes définies. »

« Sachez que ma Mère divine est à la fois une et plusieurs, et aussi que l’Absolu est au-delà de l’unique et du multiple. »

« Faites vous-même ce que vous aimeriez voir fait par autrui. »

« Gardez votre foi et vos sentiments (religieux) pour vous seul; n’en parlez pas à d’autres, vous y perdriez beaucoup. »

« Plus on cache à autrui ses pratiques religieuses, et mieux cela vaut. »

« Ne laisse jamais le découragement pénétrer dans ton cœur ; le désespoir est, sur ton chemin, le plus grand ennemi du progrès spirituel. »

« Je m’attache de force à un ou deux légers désirs grâce auxquels je garde mon esprit en ce monde pour vous tous, car son inclination naturelle est de demeurer uni et identifié à l’Un indivisible. »

Bibliographie

Par Swami Saradananda, son disciple, Biographie de Ramakrishna, Editions du Cerf, Patrimoines indouisme. 2005, ISBN 2-204-07586-8. Ecrit originellement en bengali, cinq volumes achevés en 1919, sous le titre Shri Shri Ramakrishna Lilaprasanga. Traduit et adapté par Michel Meex, Christine More et Swami Amarananda de l’ordre de Ramakrishna. Avec la courtoise autorisation du monastère Ramakrishna de Mylaporte, Madras, Inde.

A feu Swami Ritajananda, dont le coeur fut si pur et si sage, qui, par amour pour nous demanda qu’on pût lire en français cet ouvrage. Celui-ci constitue la biographie la plus complète, 620 pages, et la plus riche de la vie de ce Maître exceptionnel que fut Ramakrishna.
Jean Herbert, L’enseignement de Râmakrishna, Albin Michel, 2005
Rachel et Jean-Pierre Cartier, Ramakrishna : un maître pour notre temps, Suivi d’un entretien avec swâmi Veetamohananda. Paris : la Table ronde, 2004. 171 p., 20 cm. ISBN 2-7103-2538-1.
Michel Meex, Ode à Ramakrishna, Ode de 355 alexandrins, dans Que les mots tant chantent !, Editions Le Manuscrit, 2005, ISBN 2748163087, 37 pages.
Romain Rolland, La vie de Ramakrishna, Suivi de l’enseignement de R., Coll. les grands initiés, Paris, Robert laffont, 1973, 332p.



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3 commentaires

  1. Varuna dit :

    Sri Aurobindo a √©crit : « Ce n‚Äôest pas avant cinq si√®cles au moins que le monde sera pr√™t √† recevoir un autre R√¢makrishna Paramahamsa. Il faut nous h√¢ter de transformer en exp√©rience la masse de pens√©es qu‚Äôil nous a l√©gu√©es et de convertir en r√©alisation l‚Äô√©nergie spirituelle qu‚Äôil a lanc√©e. Tant que nous ne l‚Äôaurons pas fait, de quel droit demanderions-nous davantage »

  2. CeluiQuiVient dit :

    Une autre citation de Ramakrishna est celle-ci:
    « Lorsque Dieu existe, le monde n’existe plus, et lorsque le monde existe, c’est Dieu qui n’existe plus »

    Il n’est pas impossible que le Yoga integral de sri Aurobindo soit la solution a cet apparent paradoxe

  3. ananda dit :

    Sri Ramakrishna est la source du renouveau spirituel au XX √®me si√®cle sur terre, et on peut prendre le livre paru chez Albin-Michel ‘l’enseignement de Ramakrishna », √©dit√© par jean Herbert, comme un livre de chevet…Quelle merveille!

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